Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/534

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amitié véritable. Es-tu de cet avis ? — Lysis me fit signe que oui. — Nous savons donc maintenant quelles gens sont amis ; car notre raisonnement nous [214e] démontre que ce sont les gens de bien. — Cela me paraît évident. — Et à moi aussi, repris-je ; pourtant il y a là quelque chose qui me contrarie. Allons, courage, examinons, de grâce, ce que je crois entrevoir. Le semblable est ami du semblable en tant que semblable, et comme tel, il lui est utile. Mais voyons ceci : est-il quelque bien ou quelque dommage que le semblable puisse faire à son semblable qu'il ne puisse se faire à soi-même ? en peut-il attendre quoi que ce soit qu'il ne puisse [215a] attendre de soi-même ? Alors, comment les semblables pourraient-ils s'attacher l'un à l'autre, quand ils ne peuvent se servir de rien réciproquement ? y a-t-il moyen ? — Impossible. — Et, sans attachement, comment pourrait-on être amis ? — En aucune manière. — Mais enfin, quoique le semblable ne soit pas ami du semblable, il se pourrait que les gens de bien fussent amis, en tant que gens de bien, sinon en tant que semblables. — Peut-être. — Mais quoi ! l'homme de bien, en tant qu'homme de bien, ne se suffit-il pas à lui-même ? — Oui. — Or celui qui se suffit à soi-même, par cela même n'a besoin de per-