Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/536

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


semblables entre elles, plus elles doivent contenir d'élémens d'envie, de discorde et de haine ; et moins elles sont semblables, d'amitié ; que d'ailleurs le pauvre est de toute nécessité ami du riche, le faible du fort, pour en avoir du secours ; le malade du médecin ; et qu'enfin quiconque est ignorant recherche et aime l'homme instruit. [215e] Alors, se développant de plus en plus avec hardiesse, tant s'en fallait, selon lui, que le semblable fût ami de son semblable, que c'était précisément le contraire qui est ami de son contraire ; que les choses les plus opposées entre elles sont les plus amies ; qu'en effet on a besoin de son contraire et non de son semblable : par exemple, le sec de l'humide, le froid du chaud, l'amer du doux, l'aigu de l'obtus, le vide du plein, le plein du vide, et ainsi du reste ; puisque le contraire sert d'aliment à son contraire, tandis que le semblable [216a] ne profite de rien à son semblable[1]. Et, en disant ces choses-là, mon cher, il avait l'air d'être bien sûr de son fait ; il parlait à merveille. Et vous, mes amis, en êtes-vous contents ? — Oui, vraiment, dit Ménexène,

  1. Opinion d'Héraclite. Voyez ARISTOTE, Ethiq. VIII, I. DIOG. DE LAERTE, IX, I, 8. Le Banquet et le Commentaire de Proclus sur le Timée, p. 24.