Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/542

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me répondirent-ils. — Nous avons donc, repris-je, Lysis et Ménexène, découvert d'une manière certaine ce qui est ami et ce qui ne l'est pas : nous disons que, soit relativement à l'âme, soit relativement [218c] au corps, et partout, en un mot, ce qui n'est ni bon ni mauvais est ami du bon à cause de la présence du mal. — Tous les deux en convinrent et reconnurent avec moi qu'il en était ainsi.

Pour moi, j'éprouvais une vive satisfaction ; j'étais comme le chasseur qui vient enfin à grand'peine de saisir la proie qu'il poursuivait depuis long-temps. Bientôt, cependant, il s'éleva dans mon esprit, je ne sais comment, le plus étrange soupçon : je craignis que tout ce dont nous étions convenus ne fût pas vrai ; et aussitôt, tout affligé, je m'écriai : — Ah ! mes enfans, nous courons risque de n'avoir fait qu'un beau rêve. — [218d] Quoi donc ? me dit Ménexène. — J'ai bien peur, continuai-je, que dans nos discours sur l'amitié nous n'ayons été dupes de raisonnemens spécieux, comme on est dupe d'un fanfaron. — Comment cela ? — Le voici : celui qui aime aime-t-il quelque chose, ou non ? — Il aime nécessairement quelque chose. — Maintenant, ne l'aime-t-il pour rien ni à cause de rien ? — Il ne peut l'aimer que pour