Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/56

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usage de la flûte. Conçois de même que celui qui te paraît aujourd’hui le plus injuste d’entre les hommes élevés au milieu des lois et de la société, est juste et habile en fait de justice, si on le compare [327d] avec ceux qui ne connaissent ni éducation, ni tribunaux, ni lois, ni aucune autorité qui leur impose la nécessité de cultiver la vertu, espèce de sauvages semblables à ceux que le poète Phérécrate mit l’an passé sur la scène, aux jeux Lénéens[1]. Certes, si tu avais à vivre avec des hommes tels qu’étaient les misanthropes du chœur de cette pièce, tu te croirais trop heureux de rencontrer parmi eux un Eurybate et un Phrynondas[2], et tu regretterais avec gémissement la méchanceté des hommes [327e] de cette ville ; au lieu que tu fais maintenant le difficile, Socrate ; et parce que tout le monde enseigne la vertu, autant qu’il en est capable, il te paraît qu’elle n’est enseignée de personne. C’est comme si l’on cherchait quels sont chez nous les maîtres [328a] de langue grecque, et que l’on jugeât qu’il n’y en a aucun. Et si tu cherchais de même quelqu’un en

  1. Au rapport d’Athénée, liv. V, c. 69, la pièce de Phérécrate s’appelait les Sauvages, οἱ Ἄγριοι, et fut représentée sons l’archonte Aristion.
  2. Deux scélérats dont la méchanceté était passée en proverbe. Voyez TAYLOR ad Aeschin. in Ctesiph. edit. Reisk. p. 529, et WESSEL. ad Diodor. Fragm. lib. IX, edit. Bip. t. IV, p. 308.