Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/574

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dre l’administration des affaires publiques aux affaires particulières. En effet, le fameux Gorgias, sophiste de Léontium, est venu ici avec le titre d’envoyé de sa ville, comme le plus capable de tous les Léontins de traiter les affaires d’état. Il s’est fait beaucoup d’honneur en public par son éloquence ; et, dans le particulier, en donnant des leçons et en conversant avec les jeunes gens, il a amassé et [282c] emporté de grosses sommes d’argent de cette ville. Veux-tu un autre exemple ? Notre ami Prodicus a souvent été député par ses concitoyens auprès de beaucoup de villes, et, en dernier lieu, étant venu, il y a peu de temps, de Céos à Athènes, il a parlé dans le sénat avec de grands applaudissemens ; et donnant chez lui des leçons et s’entretenant avec notre jeunesse, il en a tiré des sommes prodigieuses[1]. Parmi les anciens sages, aucun n’a cru devoir exiger de l’argent pour prix de ses leçons, ni faire montre de son savoir [282d] devant toutes sortes de personnes, tant ils étaient simples, et savaient peu le mérite de l’argent. Mais les deux sophistes que je viens de nommer ont plus gagné d’argent avec leur sagesse

  1. Voyez le Cratyle, l’Axiochus ; et Aristote, Rhétor. III, 14.