Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/65

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


toutes choses sont semblables entre elles. Mais il n’est pas juste d’appeler semblables celles qui ont quelque ressemblance, ni dissemblables celles qui ont quelque différence, si cette ressemblance ou cette différence est très légère.

Ce discours m’a causé de la surprise. Quoi donc ? lui ai-je dit, juges-tu que le juste et le saint soient tels l’un à l’égard de l’autre, qu’ils n’aient entre eux qu’une faible ressemblance ?

Pas tout-à-fait, [332a] m’a-t-il dit ; mais elle n’est pas non plus aussi grande que tu parais le croire.

Laissons ce point, ai-je repris, puisqu’il te met de mauvaise humeur, et examinons cet autre endroit de ton discours. N’appelles-tu pas une certaine chose folie, et la sagesse n’est-elle pas le contraire de cette chose ?

Il me paraît qu’oui, a-t-il dit.

Lorsque les hommes agissent conformément à la droite raison, et d’une manière utile, ne juges-tu pas qu’ils suivent les règles de la tempérance[1] en agissant de la sorte, plutôt que s’ils se conduisaient d’une façon opposée ?

Ils sont tempérans.

  1. Le mot σωφροσύνη que Socrate oppose à celui de à folie, signifie à-la-fois tempérance et prudence. Il n’y a pas de mot qui en français possède ces deux nuances. D’abord il faut se servir du mot tempérance pour rendre frappante la contradiction où tombe Protagoras, qui reconnaît l’identité de la sagesse et de la tempérance, qu’il avait auparavant distinguées ; et ensuite, il faut avoir recours au mot prudence pour passer de la prudence au bon sens, à la justice et à l’injustice, σωφρονεῖν, εὖ φρονεῖν, ἀδικεῖν...