Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/661

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vance, admirables panégyristes qui célébrant les qualités [235a] qu’on a et celles qu’on n’a pas, embellissant tout ce qu’ils touchent, enchantent nos âmes par les éloges de toute espèce qu’ils prodiguent à la république, et à ceux qui sont morts dans la guerre, et à tous nos ancêtres, et enfin à nous-mêmes, qui vivons encore. Aussi, Ménexène, leurs louanges me donnent une grande opinion de moi-même, et toutes les fois que je les écoute, [235b] je m’estime aussitôt plus grand, meilleur et plus vertueux. Souvent des étrangers m’accompagnent : ils écoutent, et à l’instant même je leur semble plus respectable ; ils paraissent absolument partager mes sentimens et pour moi-même et pour un pays qui n’est pas le leur ; entraînés par l’orateur, ils le trouvent bien plus admirable qu’auparavant. Pour moi, cette exaltation me reste plus de [235c] trois jours ; l’harmonie du discours, et la voix de celui qui l’a prononcé, sont tellement dans mon oreille, qu’à peine le quatrième ou le cinquième jour je parviens à me reconnaître et à savoir où j’en suis : jusque-là je crois presque habiter les îles Fortunées, tant nos orateurs sont habiles !

MÉNEXÈNE.

Tu ne cesses, Socrate, de plaisanter les orateurs. Mais, cette fois-ci, je crois que celui qu’on