Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/684

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je dois vous répéter ce que vos pères, au moment de livrer la bataille, nous ont chargés de rapporter à leurs enfans, s’il leur arrivait quelque malheur. Je vous dirai ce que j’ai entendu d’eux, et ce qu’ils ne manqueraient pas de vous dire eux-mêmes, s’ils le pouvaient ; j’en juge au moins par les discours qu’ils tenaient alors. Représentez-vous donc que vous entendez de leur propre bouche ce que je vous dis. Voici leurs paroles :

[246d] Enfans, ce que vous voyez autour de vous atteste assez de quel noble sang vous êtes sortis. Nous pouvions vivre sans honneur, nous avons préféré une mort honorable, plutôt que de condamner à l’infamie vous et notre postérité, et de faire rougir nos pères et tous nos ancêtres. Nous avons pensé que celui qui déshonore les siens ne mérite pas de vivre, et qu’il ne peut être aimé ni des dieux ni des hommes, ni en ce monde ni dans l’autre. Rappelez-vous donc toujours nos paroles et n’entreprenez rien [246e] que la vertu ne soit avec vous, persuadés que sans elle tout ce qu’on acquiert, tout ce qu’on apprend, tourne en mal et en ignominie. Les richesses n’ajoutent point d’éclat à la vie d’un homme sans courage : il est riche pour les autres[1], et non pas pour lui-même.

  1. Pour l’ennemi.