Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/745

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Si tu dis la vérité, Ion, si c’est à l’art et à la science que tu dois de parler si bien d’Homère, tu en agis mal avec moi ; car, après t’être vanté de savoir une infinité de belles choses sur Homère, et m’avoir promis de m’en faire part, tu me trompes, et non-seulement tu ne m’en fais point part, mais tu ne veux pas même me dire quelles sont les connaissances où tu excelles, quoique je t’en prie depuis long-temps, et, semblable à Protée, tu te tournes en tous sens, tu prends toutes sortes de figures, tu finis même, pour m’échapper, par te transformer en général, [542a] afin de ne pas me laisser voir combien tu es habile dans l’intelligence d’Homère. Encore une fois, si c’est à l’art que tu dois cette habileté, et que, t’étant engagé à me la montrer, tu manques à ta promesse, ton procédé est injuste. Si au contraire ce n’est point l’art, mais une inspiration divine, qui te fait dire tant de belles choses sur Homère, parce que tu en es possédé, et sans aucune science, comme je le disais d’abord ; en ce cas je n’ai point à me plaindre de toi. Ainsi vois si tu aimes mieux passer dans notre esprit pour un homme injuste ou pour un homme divin.

[542b]

ION.

La différence est grande, Socrate ! et il est bien plus beau de passer pour un homme divin.