Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/79

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Grecs, et qui à ce titre nous sommes rassemblés dans Athènes, laquelle est par Rapport à la Grèce le prytanée[1] de la sagesse, et dans cette maison, la plus riche et la plus florissante de toute la ville, il serait honteux de ne rien [337e] dire qui réponde à ce qu’on a droit par toutes ces raisons d’attendre de nous, et de nous quereller comme les derniers d’entre les hommes. Ainsi je vous conjure et je vous conseille, Protagoras et Socrate, de passer un accord ensemble, vous soumettant à nous comme à des arbitres [338a] qui vous rapprocheront équitablement. Toi, Socrate, n’exige point cette forme exacte du dialogue, qui réduit tout à la dernière brièveté, si Protagoras ne l’a point pour agréable ; mais accorde quelque liberté au discours, et lâche-lui un peu la bride, pour qu’il se montre à nous avec plus de grâce et de majesté. Et toi, Protagoras, ne déploie pas toutes les voiles, et, t’abandonnant au vent favorable, ne gagne pas la pleine mer de l’éloquence, jusqu’à perdre la terre de vue ; mais prenez un milieu l’un et l’autre entre ces deux extrémités. Si vous m’en croyez donc,

  1. Les prytanées étaient des édifices consacrés à Vesta, où l’on conservait le feu perpétuel. Il y en avait dans toutes les villes de la Grèce. A Athènes le prytanée servait de lieu de réunion à des citoyens recommandables, qui y étaient nourris aux frais de l’état. Voyez ÉLIEN, V. H. IV, 6.