Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/896

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trouve avec toi ? — De grâce, pas de pareille impiété, lui dis-je. — Mais comment, dit-il, ce qui autre se trouvant avec un autre, ce qui est autre serait-il autre ? [301b] — En doutes-tu ? lui dis-je, me hasardant à imiter la sagesse de ces étrangers que je désirais tant acquérir. — Pourquoi moi, et le reste des hommes, me répondit Dionysodore, ne douterions-nous pas d'une chose qui n'est point ? — Que dis-tu, Dionysodore ? le beau n'est-il pas beau, et le laid n'est-il pas laid ? — Oui, si je le veux. — Mais ne le veux-tu pas ? — Oui, je le veux. — Ainsi le même n'est-il pas le même, et ce qui est autre n'est-il pas autre ? car [301c] assurément ce qui est autre n'est pas le même. Pour moi je n'eusse pas soupçonné un enfant de douter que ce qui est autre ne soit autre. Mais, Dionysodore, je vois bien que tu as passé là-dessus à dessein, puisque dans le reste vous n'avez manqué à rien de ce qu'il faut à un bon discours, comme de bons ouvriers font tout ce qui convient à leur métier. — Sais-tu, me dit-il, ce qu'il convient de faire à chaque artisan ? d'abord à qui convient-il de forger ? — Je le sais, au forgeron. — À qui de pétrir la terre ? — Au potier. — À qui convient-il d'égorger, d'écorcher, de faire bouillir et rôtir la chair après l'avoir coupée en morceaux ? [301d] — Au cuisinier. —