Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/903

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conter ce que j'ai entendu. Comme je me promenais, un de ceux qui venaient de quitter votre assemblée s'approcha de moi ; c'est un homme qui prétend être fort habile et du nombre de ceux qui excellent dans les discours judiciaires. Ô Criton, me dit-il, tu n'as pas entendu ces deux sages ? — Non, par Jupiter, lui répondis-je, la foule ne m'a permis d'approcher assez pour entendre. — Ils valent pourtant bien la peine d'être entendus, me répondit-il. — Pourquoi ? [304e] répliquai-je. — Tu aurais entendu disputer les hommes les plus habiles maintenant dans ce genre. — Mais que t'en semble ? lui demandai-je. — À moi ? répondit-il, il me semble qu'on ne leur entend jamais dire que des bagatelles et qu'ils emploient tout leur esprit en badinages. Ce sont ses propres paroles. — Toutefois, lui dis-je, la philosophie est une belle chose. Oui, une belle chose ! [305a] me répondit-il. Elle n'a aucune valeur. Et si tu avais été là tout à l'heure, tu aurais eu honte pour ton ami. Il était assez fou pour vouloir se livrer aux leçons de ces hommes qui se soucient peu de ce qu'ils disent et s'en prennent à chaque mot que le hasard leur offre. Et ceux-ci, comme je l'ai dit, sont en ce genre des plus habiles de notre temps. Mais à te dire la vérité, Criton, la phi-