Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/99

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nombre des sots est infini, de sorte que quiconque se plaît à censurer, a de quoi se satisfaire en exerçant sur eux sa critique ; et toute action où il n’entre rien de honteux, est honnête. [346d] Il ne faut pas prendre ces derniers mots comme s’il disait : Toute couleur où il n’y a point de mélange de noir, est blanche : ce serait un sens ridicule de plus d’une manière ; mais il parle ainsi, parce qu’entre l’honnête et le honteux il admet un certain milieu qu’il ne condamne pas. Je ne cherche point, dit-il, un homme tout-à-fait sans reproche parmi tous tant que nous sommes qui vivons des fruits de la terre au vaste sein, et si je le trouve, je viendrai vous le dire. De sorte que je ne louerai personne à ce titre ; mais il me suffît qu’on tienne le milieu, et qu’on ne fasse point de mal. J’aime et je loue tous ceux de ce caractère. Il a emprunté en cet endroit le langage de ceux [346e] de Mitylène[1], comme parlant à Pittacus, lorsqu’il dit : Je loue sans exception et j’aime volontiers (ici, après volontiers, il faut marquer la séparation avec la voix) quiconque ne commet rien de honteux. Car il est des hommes que je loue et que j’aime à contre-cœur. Je ne t’aurais donc jamais critiqué, Pittacus, si

  1. Pittacus était de Mitylène, colonie éolienne, dont Simonide emprunte le langage, en disant ἀπαίνημι pour ἐπαίνω.