Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1004

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mais celui qui imite le langage d’un autre n’a qu’une existence passagère. Euphrée te servira merveilleusement à cela, quoiqu’il soit aussi fort habile sous d’autres rapports ; [322a] je suis persuadé qu’il découvrira les principes et la langue de ton gouvernement monarchique aussi bien que ceux qui t’environnent. Ses services sur ce point te seront d’un grand secours, et tu pourras lui être utile à ton tour. Quelqu’un, m’entendant parler de la sorte, dira peut-être : mais ce Platon, qui prétend si bien connaître ce qui convient au gouvernement démocratique, ne s’est jamais levé pour donner des conseils au peuple, quoiqu’il ait eu mainte occasion de parler et de donner des avis salutaires. À cela on peut répondre que Platon est venu tard dans sa patrie ; qu’il a trouvé le peuple [322b] déjà vieux et accoutumé depuis longtemps à faire des choses contraires aux conseils qu’il aurait pu lui donner. Il aurait regardé comme le plus grand bonheur de faire du bien à ce peuple comme à son père ; mais il a compris que c’était s’exposer à un péril inutile sans espoir de succès. [322c] Mes conseils n’eussent servi à rien ; quand un mal est incurable, les conseils ne peuvent rien ni sur le malade ni sur la maladie.



LETTRE VI.

Platon à Hermias, à Éraste et à Corisque ; bonheur et sagesse.

Il me semble qu’un Dieu bienfaisant vous a ménagé la plus heureuse destinée si vous savez en profiter. Vous êtes voisins et à portée de vous rendre mutuellement les plus [322d] grands services. Pour Hermias, il ne trou-