Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1062

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ce jour il ait raillé et même un peu tourné en ridicule ceux qui s’effrayent de la mort. Viens donc l’encourager, comme tu as coutume de le faire, afin qu’il se soumette à la nécessité sans se plaindre, et que je remplisse mes devoirs de fils dans cette circonstance comme dans toutes les autres. — Jamais je ne te refuserai, lui dis-je, une demande raisonnable ; encore moins quand tu m’appelles à remplir un devoir sacré. Hâtons-nous donc. Si ton père est dans un état désespéré, il n’y a pas un moment à perdre. — Ta vue seule, Socrate, me répondit Clinias, sera un soulagement pour lui ; car il lui est souvent arrivé de se relever de pareilles chutes.

Nous suivîmes rapidement le chemin qui longe les murailles jusqu’aux portes Itoniennes, pres desquelles demeure Axiochus, non loin de la colonne des Amazones. Quand nous arrivâmes, il avait déjà recouvré l’usage de ses mains ; son corps avait repris des forces ; mais son âme, faible encore, avait besoin d’être soutenue. Il se levait souvent et poussait des soupirs en pleurant et frappant ses mains. À ce spectacle : eh bien ! Axiochus, lui dis-je, qu’est-ce que cela signifie ? Où sont ces fiers discours, ces perpétuels éloges de la vertu, ce courage inébranlable ? Comme un lâche athlète qui fait parade de bravoure dans les gymnases, tu recules au moment de combattre ! À ton age, avec tes lumières, et, ce qui tout seul suffirait, étant né à Athènes, peux-tu avoir oublié la loi de la nature, et cette vérité si connue, si souvent répétée par tout le monde, que la vie n’est qu’un voyage, et qu’il faut, après l’avoir achevé le mieux possible, se soumettre à la nécessité volontiers, pour ne pas dire avec des chants de triomphe ! Cet abattement, cette frayeur puérile de quitter la vie ne sied pas à l’âge de la raison.