Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/744

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ne veulent pas obéir d’eux-mêmes aux ordres que la raison leur envoie du haut de sa citadelle. [70b] Le cœur, le principe, des veines et la source d’où le sang se répand avec impétuosité dans tous les membres, fut placé comme une sentinelle ; car il faut que, quand la partie courageuse de l’âme s’émeut, averti par la raison qu’il se passe quelque chose de contraire à l’ordre, soit à l’extérieur, soit au dedans de la part des passions, le cœur transmette sur-le-champ par tous les canaux, à toutes les parties du corps, les avis et les menaces de la raison, de telle sorte que toutes ces parties s’y soumettent et suivent exactement l’impulsion reçue, et que ce qu’il y a de meilleur en nous [70c] puisse ainsi gouverner tout le reste. Mais comme les dieux prévoyaient que, dans la crainte du danger et dans la chaleur de la colère, le cœur battrait avec force, et qu’ils savaient que cette excitation de la partie belliqueuse de l’âme aurait pour cause le feu ; pour y remédier, ils firent le poumon, qui d’abord est mou et dépourvu de sang, et qui en outre est percé, comme une éponge, d’une grande quantité de pores, afin que, recevant l’air et les breuvages, [70d] il rafraîchisse le cœur, et par là adoucisse et soulage les ardeurs qui nous brûlent. C’est pour cela qu’ils conduisirent la trachée-artère jusqu’au poumon et qu’ils placèrent