Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/778

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dance de sperme, comme un arbre qui porte trop de fruits, éprouve d’ordinaire beaucoup de douleur et beaucoup de plaisir dans ses passions et dans leurs effets : insensé pendant presque toute sa vie à cause des jouissances [86d] et des peines excessives qu’il ressent, son âme est malade et déraisonnable par la faute du corps, et c’est à tort qu’on le regarde non comme malade, mais comme volontairement vicieux. La vérité est que la plupart du temps le goût effréné des jouissances de l’amour provient de ce que la semence se répand dans le corps à travers les os avec trop d’abondance, et produit ainsi une maladie de l’âme. La plupart des reproches que l’on fait aux hommes sur leur intempérance dans les plaisirs, comme s’ils étaient volontairement vicieux, sont des reproches injustes. Personne n’est méchant [86e] parce qu’il le veut[1], on le devient à cause d’une mauvaise disposition du corps ou d’une mauvaise éducation ; malheur qui peut arriver à tout le monde, malgré qu’on en ait. Et, pour revenir aux souffrances, l’âme subit beaucoup d’altérations par suite de semblables dérangements du corps ; par exemple, quand les humeurs des pituites aigres et

  1. Voyez sur cette maxime platonicienne le Protagoras et la République, liv. IX.