Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/986

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LETTRES.


LETTRE Ire

[309a] Dion à Denys ; bonheur et sagesse[1].

Pendant tout le temps que j’ai passé auprès de vous, associé à votre gouvernement, et plus avant dans votre confiance que vos autres serviteurs, j’ai enduré les plus odieuses calomnies, parce que j’étais certain que jamais on ne me croirait complice de pareilles violences. J’en atteste tous ceux qui ont partagé avec moi le fardeau de vos affaires et que plus d’une fois j’ai eu bien de la peine à soustraire aux châtiments les plus graves. Souvent j’ai commandé en maître absolu dans votre capitale, et me voici chassé plus honteusement qu’il ne conviendrait de faire un mendiant, exilé par vos ordres au delà des mers, moi qui ai passé une si grande partie de mes jours auprès de vous ! Aussi, désormais je veux m’éloigner des hommes ; et toi, tyran que tu es, tu vivras seul dans ton palais. Quant à la brillante somme d’argent [309b] que tu m’as envoyée pour mon voyage, je te la renvoie par Bacchée, porteur de cette lettre : elle ne suffisait pas aux frais de la traversée, et du

  1. Εὖ πράττειν signifie être sage et être heureux, tandis que la formule ordinaire χαίρειν n’exprime qu’un souhait de bonheur. Voy. lettre III, pag. 62.