Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/987

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reste elle m’eût été inutile[1]. Il est honteux à toi de la donner ; il ne le serait guère moins à moi de l’accepter : aussi je la refuse. Peu t’importe de donner ou de recevoir une pareille somme ; reprends-la donc, et porte ce présent à quelque autre de tes amis. Quant à moi, je t’en tiens quitte, et je crois pouvoir dire avec Euripide que, dans d’autres circonstances,

Tu souhaiteras d’avoir près de toi un homme tel que moi[2].

Rappelle-toi encore que la plupart des autres poètes tragiques, quand ils font mourir un roi sous les coups d’un traître, ne manquent pas de lui mettre ces mots dans la bouche :

[310a] Malheureux ! je meurs parce que je n’ai point d’amis[3].

Mais aucun d’eux n’a fait périr un roi faute d’argent. Voici encore un passage qui a toujours été goûté des hommes sensés :

Ni l’or éblouissant, si rare dans cette vie dépourvue,
Ni le diamant, ni les tables d’argent qui ont tant de prix aux yeux des hommes,
Ni les plaines riches et fertiles d’une vaste terre,
N’ont autant d’éclat que l’union des gens de bien.

[310b] Adieu. Songe combien tu t’es mal conduit à mon égard pour te mieux conduire envers les autres.

  1. Plutarque nous apprend en effet que Dion avait une fortune considérable. Il nous le montre vivant avec une pompe presque royale et promettant un jour à Denys d’équiper à ses frais cinquante trirèmes (Plut., Vie de Dion).
  2. Ce vers, dans les fragments d’Euripide, est sous le n° LXXXIX de l’édition de Beck.
  3. On ignore à qui il faut attribuer ce vers ainsi que ceux qui suivent.