Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/988

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LETTRE II.

Platon à Denys ; bonheur et sagesse.

Archidême m’a fait part de tes intentions : il faut, dis-tu, que désormais moi et mes amis nous nous tenions en repos et cessions de parler et d’agir contre toi ; tu exceptes [310c] le seul Dion. Cette exception à l’égard de Dion fait bien voir que je n’ai point d’empire sur mes amis ; car si j’avais quelque pouvoir sur eux, et en particulier sur toi et sur Dion, j’ose me flatter que, vous et tous les autres Grecs, vous seriez plus heureux que vous ne l’êtes. Au reste, toute ma puissance est de n’obéir qu’à ma raison. Et je dis cela parce que Cratistole et Polyxène ne t’ont rapporté [310d] que des mensonges. L’un d’eux, dit-on, a entendu ceux qui étaient avec moi aux jeux olympiques tenir contre toi des discours injurieux. Il a sans doute l’oreille plus fine que moi, car je n’ai rien entendu de semblable. À l’avenir, tu feras bien, je crois, quand on te fera de ces rapports sur quelqu’un des miens, de m’écrire à moi-même et de m’en demander l’explication : je ne craindrai ni ne rougirai jamais de te dire la vérité. Voici notre position l’un à l’égard de l’autre. Je ne crois pas qu’il y ait un seul Grec [310e] qui ne nous connaisse : tout le monde parle de notre amitié, et la postérité aussi en parlera, sois-en bien persuadé, à cause des noms de ceux qu’elle unit, du temps qu’elle a duré et de l’éclat qu’elle a jeté. Que conclure de là ? Je vais te le