Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/133

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SCÈNE II. - EUCLION, CONGRION.


EUCLION. Reviens. Où cours-tu ? Arrêtez, arrêtez !

CONGRION. Qu’a donc à crier ce vieil imbécile ?

EUCLION. Je vais te dénoncer à l’instant aux triumvirs[1].

CONGRION. Et pourquoi ?

EUCLION. Parce que tu as un couteau.

CONGRION. C’est l’arme d’un cuisinier.

EUCLION. Pourquoi m’as-tu menacé ?

CONGRION. J’ai eu grand tort de ne pas vous crever la panse.

EUCLION. Tu es bien le plus franc scélérat qu’il y ait sur terre, et celui que je houspillerais avec le plus de plaisir.

CONGRION. Cela se voit ; vous n’avez pas besoin de le dire ; le fait parle assez. Vos coups m’ont rendu le corps plus souple que celui d’un danseur. Mais de quel droit nous touchez-vous, vieux mendiant ? qu’avez-vous ?

EUCLION. Tu me le demandes ? Est-ce parce que tu as reçu moins que tu ne mérites ? Attends.

CONGRION. Par Hercule, si cette tête n’a pas perdu le sentiment, cela vous coûtera cher.

EUCLION. Je ne sais pas ce qui arrivera plus tard, mais pour le moment elle est parfaitement sensible. (Il le bat.) Et dis-moi, qu’avais-tu à faire dans ma maison, en mon absence, sans mon ordre ? je serais bien aise de le savoir.

CONGRION. Alors taisez-vous. Nous venions faire la cuisine pour la noce.

EUCLION. Et que t’importe, maraud, que je mange cru ou cuit ? Es-tu mon tuteur ? CONGRION. À mon tour, je serais bien aise de savoir si vous permettez, oui ou non, que nous apprêtions le repas.

EUCLION. Et moi je serais bien aise de savoir si tout sera en sûreté chez moi.

CONGRION. Pourvu seulement que je remporte tout ce que j’ai apporté, je me tiendrai assez content. Qu’ai-je affaire de ce qui est à vous ?

EUCLION. C’est bon, on sait ce qu’on sait.

CONGRION. Pourquoi nous empêchez-vous maintenant d’apprêter ce dîner ? Qu’est-ce qu’on vous a fait ? qu’est-ce qu’on vous a dit pour vous déplaire ?

  1. Voyez la note de la page 10.