Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/175

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Es-tu ce que tu dois être, bon ou mauvais ? juste ou injuste ? avare ou généreux ? complaisant ou fâcheux ? Et prends garde de te laisser vaincre en bons offices par un esclave. Quoi que tu fasses, je t’en avertis, cela ne restera pas ignoré !… Mais j’aperçois le père et le maître de mon ami ; écoutons d’ici leur entretien.




SCÈNE III. - LYDUS, PHILOXÈNE, MNÉSILOQUE.



LYDUS. C’est maintenant que je vais voir si vous avez un peu de raison et de caractère. Suivez-moi.

PHILOXÈNE. Où cela ? où me conduis-tu ?

LYDUS. Chez celle qui a corrompu votre fils unique et qui t'a plongé dans l'abime.

PHILOXÈNE. Tout beau, Lydus ! la sévérité tempérée par la douceur, voilà la vraie sagesse. Il ne faut pas s’étonner que la jeunesse fasse quelque folie ; le contraire serait plus surprenant. J’en ai fait autant dans mon bel âge. LYDUS. Hélas ! hélas ! voilà bien cette complaisance qui t'a perdu. Sans vous, j’aurais dirigé ses inclinations vers le bien ; mais Pistoclère compte sur vous, et c’est cela qui le rend libertin.

MNÉSILOQUE, à part. Grands dieux ! il parle de mon ami. Qu’a donc ce Lydus à crier ainsi après son jeune maître ?

PHILOXÈNE. Mon cher Lydus, il écoute un moment sa passion ; mais laisse faire le temps, il ne tardera pas à se détester soi-même. Sois indulgent ; prenons garde qu’il ne pousse trop loin ses fredaines, et du reste, fermons les yeux.

LYDUS. Non pas certes, et je ne souffrirai pas qu’il se pervertisse de mon vivant/ Mais vous qui plaidez si bien la cause d’un fils libertin, est-ce ainsi que vous en usiez quand vous étiez jeune ? Je parie bien que jusqu’à l’âge de vingt ans vous n’avez pas osé faire un pas hors de la maison sans votre précepteur. Et mettons que cela soit arrivé, c’était mal sur mal : le gouverneur et le disciple étaient perdus de réputation. Si vous n’étiez pas arrivé au gymnase avant le lever du soleil, le maître vous aurait, ma foi, châtié d’importance. Là on avait pour s’exercer la course, la lutte, le javelot, le disque, le pugilat, la balle, le saut, et non les baisers d’une fille de joie ; c’est là qu’on passait sa vie, et non dans d’obscurs repaires. Au retour de l’hippodrome et du gymnase, vous endossiez la veste et preniez place sur un tabouret près de votre maître ; vous lisiez votre leçon, et si