Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/230

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ceuse dans toute entreprise ! Mon ventre et mon gosier chôment la fête de l’abstinence. La peste soit du métier de parasite ! La jeunesse de nos jours rejette bien loin les plaisants et les laisse dans la misère. Elle n’a plus souci des Spartiates du bas bout, qui empochent les bourrades et ne possèdent que des bons mots, sans rien dans le garde-manger ni dans la bourse. On recherche les gens qui s’empressent de rendre chez eux les repas qu’ils ont pris chez les autres. On va soi-même au marché, soin confié jadis aux parasites. On va soi-même de la place chez l’entremetteur, la tête découverte, comme si l’on allait juger les criminels de sa tribu. On ne donnerait pas une obole d’un diseur de bons mots. Ce sont tous de francs égoïstes. Voyez plutôt ; en sortant d’ici je me rends sur la place, et j’aborde des jeunes gens. « Bonjour, leur dis-je. Où allons-nous dîner ensemble ? » Ils se taisent. « Eh bien, ajouté-je, qui est-ce qui parle ? qui est-ce qui se propose ? » Ils restent muets comme des carpes, et pas un ne me sourit. Je recommence : « Où dinons-nous ? » Ils secouent la tète. Je lâche alors un de mes meilleurs mots, un de ceux qui dans le temps me valaient toujours le couvert pour un mois ; personne ne rit ; je ne doute plus que ce ne soit un complot. Pas un ne veut seulement irriter une chienne en colère ; s’ils ne riaient pas, du moins pouvaient-ils montrer les dents. Quand je vois qu’ils se moquent ainsi de moi, je les plante, là. Je vais à d’autres, puis à d’autres, et encore à d’autres : c’est tout un ; ils se sont donné le mot, comme les marchands d’huile au Vélabre[1]. Je m’en reviens donc avec mes affronts. Il y avait aussi sur la place d’autres parasites qui se promenaient sans plus de succès. Mais, j’y suis résolu, je ferai valoir mon droit selon la loi romaine. Ces gens qui ont comploté pour nous empêcher de manger et de vivre, je veux les assigner et les faire condamner à me donner dix repas à ma discrétion, car les denrées sont chères. Voilà ce que je ferai. Maintenant je vais au port ; c’est mon dernier espoir de souper. S’il tombe dans l’eau, je reviens chez le vieillard partager sa triste pitance.


SCÈNE II. — HÉGION, ARISTOPHONTE.


HÉGION. Est-il rien de plus doux que de bien mener sa barque tout en contribuant au bonheur public, comme j’ai fait hier quand j’ai acheté ces captifs ? Tous ceux qui m’aperçoivent viennent

  1. Le Vélabre, nom d’un marché près du mont Aventin.