Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/249

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je ne devais ? Je me repens amèrement de l’avoir tant rudoyé. Que ne puis-je anéantir le passé ! Mais le voici dans un accoutrement qui ne sied guère à ses vertus.


SCÈNE IV. — TYNDARE, HÉGION, PHILOGRATE, STALAGME.


TYNDARE. J’ai vu bien des tableaux qui représentaient les supplices de l’Achéron ; mais sur mon âme, il n’y a pas d’enfer comparable aux carrières d’où je sors. C’est un endroit où pour se délasser on n’a que l’excès même du travail. Dès que j’arrive, on me traite comme les petits patriciens, auxquels on donne pour jouer des choucas, des canetons ou des cailles ; on me met en main ce pic[1] pour me divertir… Mais voici le maître devant sa porte, et aussi mon autre maître revenu d’Élide.

HÉGION. Salut, mon cher fils, que j’ai tant souhaité !

TYNDARE. Eh ! que veut dire ce cher fils ? Ah ! ah ! je sais pourquoi vous feignez d’être le père et moi l’enfant ; c’est que, comme les parents, vous me faites voir le jour.

PHILOCRATE. Bonjour, Tyndare.

TYNDARE. Bonjour, vous pour qui je mène cette vie de misère.

PHILOCRATE. Oh ! je vais te faire libre et riche. Voici ton père, et voilà l’esclave qui t’enleva à lui quand tu avais quatre ans, et te vendit six mines à mon père. Mon père te donna à moi pour serviteur ; nous étions bien petits tous les deux. Stalagme a tout déclaré ; nous le ramenons d’Élide.

TYNDARE. Et son fils ?

PHILOCRATE. Ton frère ? il est à la maison.

TYNDARE. Que dites-vous ? vous lui avez ramené son fils prisonnier ?

PHILOCRATE. Oui, te dis-je, (montrant la maison) puisqu’il est là.

TYNDARE. Par Pollux, vous avez bien et noblement agi.

PHILOCRATE. Maintenant, voici ton père, et voici le larron qui t’emporta dans ton enfance.

TYNDARE. Eh bien, maintenant que je suis aussi grand que lui, je le mettrai entre les mains du bourreau.

PHILOCRATE. Il ne l’a pas volé.

  1. Jeu de mots sur le double sens de pic, oiseau et outil de carrier.