Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/301

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SILÉNIE. Je suis rongée de chagrin, ma bonne Gymnasie, je souffre, je suis au supplice ; mon cœur, mes yeux, tout en moi est malade. Que te dirai-je ? c’est ma sottise qui me jette ainsi dans la douleur.

GYMNASIE. Eh ! cette sottise, renvoie-la d’où elle vient, ensevelis-la pour jamais.

SILÉNIE. Comment cela ?

GYMNASIE. Cache-la dans les plus profonds replis de ton cœur. Garde-la pour toi seule, n’aie pas de confidents.

SILÉNIE. Mais mon pauvre cœur souffre tant !

GYMNASIE. Que dis-tu ? et d’où vient cette souffrance, dis-moi ? Je ne connais pas ce mal-là, les femmes n’en savent rien, à ce que disent les hommes.

SILÉNIE. S’il y a en nous quelque chose de sensible, j’y souffre, et s’il n’y a rien, je n’y souffre pas moins.

LA COURTISANE. Elle est amoureuse.

SILÉNIE. Est-ce donc que les commencements de l’amour sont si amers ?

GYMNASIE. Oh ! l’amour est tout miel et tout fiel ; il fait goûter le miel ; mais le fiel, il vous en donne jusqu’à satiété.

SILÉNIE. C’est bien à cela, ma Gymnasie, que ressemble le mal qui me consume.

GYMNASIE. L’amour est perfide.

SILÉNIE. Aussi me fait-il banqueroute.

GYMNASIE. Bon courage ! cela ira mieux.

SILÉNIE. J’y compterais bien, si je voyais venir le médecin qui peut m’apporter le remède.

GYMNASIE. Il viendra.

SILÉNIE. Il viendra ! c’est bien long quand on aime ; on préférerait : Il est venu ! Mais, hélas ! c’est ma faute ; ces cruelles souffrances, c’est à ma sottise que je les dois. J’ai tant rêvé de passer toute ma vie avec lui !

GYMNASIE. Eh ! ma Silénie, c’est à une grande dame qu’il convient de n’aimer qu’un homme, de l’épouser une bonne fois et de passer sa vie avec lui. Mais une courtisane, elle ressemble à une riche cité, qui ne peut conserver son opulence si elle n’est visitée par beaucoup d’hommes.

SILÉNIE. Écoutez-moi bien ; je vais vous apprendre pourquoi je vous ai invitées à venir. Ma mère (je ne veux pas être courtisane de profession) m’a écoutée ; elle m’a cédé, à moi qui lui cède toujours, et m’a permis de vivre avec celui que j’aimerais de tout mon cœur.