Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/422

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LE VIEILLARD. Il a raison, et je désire, pour répondre à tes procédés, qu’il l’aime encore davantage.

LA FEMME. Il y va boire.

LE VIEILLARD. Et penses-tu que pour tes beaux yeux il doive boire moins, soit chez elle, soit ailleurs, si cela lui plaît ? Peste ! quelle tyrannie ! Que ne défends-tu du même coup qu’il aille dîner en ville ou qu’il invite chez toi quelque étranger ? Ne faut-il pas que les nommes soient tes serviteurs ? Tu devrais encore exiger qu’ils restent assis au milieu de tes femmes, à charger les quenouilles et à carder la laine.

LA FEMME. Assurément ce n’est pas pour moi que je vous ai appelé, mon père, c’est pour mon mari. Vous êtes de mon côté et vous vous faites son avocat.

LE VIEILLARD. S’il s’est permis quelque fredaine, je lui ferai des reproches bien plus vifs encore qu’à toi. Il te donne en abondance robes et bijoux, il ne te laisse manquer ni de provisions, ni de servantes. Tu ferais mieux, ma fille, d’être raisonnable.

LA FEMME. Mais il vient de prendre tout à l’heure dans mes armoires ma mante et mes bijoux ; il me dépouille, et va porter en cachette mes robes à des filles.

LE VIEILLARD. Si cela est, il a tort ; si cela n’est pas, c’est toi qui as tort d’accuser un innocent.

LA FEMME. Eh ! mon père, ne tient-il pas encore la mante et l’agrafe qu’il avait portées chez cette femme ? Il les rapporte à présent, parce que je sais tout.

LE VIEILLARD. Je vais savoir de lui ce qui s’est passé : approchons et parlons-lui. Dites-moi, Ménechme, quel est le sujet de votre discussion ? je veux le connaître. Pourquoi êtes-vous en colère ? pourquoi vous éloignez-vous de votre femme, et qu’a-t-elle à se fâcher ?

MÉNECHME. Qui que vous soyez, de quelque nom qu’on vous nomme, j’atteste le grand Jupiter et tous les dieux…

LE VIEILLARD. Pourquoi et à quelle occasion ce serment ?

MÉNECHME. Que je n’ai rien fait à cette femme qui m’accuse de lui avoir pris cette mante chez elle et jure que je l’ai emportée. Si jamais de ma vie j’ai mis le pied dans l’endroit où elle demeure, je veux être le plus misérable des misérables.

LE VIEILLARD. Êtes-vous fou de faire un souhait pareil, ou de nier comme un insensé que vous ayez jamais mis le pied dans la maison où vous demeurez ?

MÉNECHME. Eh, vieillard, dites-vous pas que je demeure dans cette maison ?