Page:Plutarque - Vies, traduction Ricard, 1829, tome 13.djvu/54

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l'exhorter à prendre les leçons de Cratippe. Il reproche au rhéteur Gorgias d'inspirer à son fils le goût des plaisirs et de la table, et il le prie de n'avoir plus aucun rapport avec lui. De toutes les lettres grecques de Cicéron, celle à Gorgias, et une autre à Pélops de Byzance, sont les seules qui soient écrites de ce ton d'aigreur ; mais il avait raison de se plaindre de ce rhéteur, s'il était réellement aussi vicieux et aussi corrompu qu'il passait pour l'être ; au lieu qu'il y a bien de la petitesse dans les reproches qu'il fait à Pélops sur sa négligence à lui procurer de la part des Byzantins des honneurs et des décrets qu'il désirait.

XXV. C'est sans doute à cette ambition pour les louanges qu'il faut attribuer le tort qu'il eut souvent de sacrifier la bienséance et l'honnêteté à la réputation de bien dire. Un certain Numatius, qu'il avait défendu et fait absoudre, poursuivait en justice un ami de Cicéron, nommé Sabinus. Cicéron en fut si irrité, qu'il s'oublia jusqu'à lui dire : « Crois-tu donc, Numatius, que ce soit à ton innocence que tu as dû d'être absous, plutôt qu'à mon éloquence, qui a fasciné les yeux des juges ? » Il fit un jour, dans la tribune, un éloge de Crassus qui fut très applaudi ; et, peu de temps après, il fit de lui une censure amère : « N'est-