Page:Plutarque - Vies, traduction Ricard, 1829, tome 13.djvu/92

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tous trois leurs forces, ils partagèrent entre eux l'empire, comme si ce n'eût été qu'un simple héritage. Ils dressèrent une liste de plus de deux cents citoyens dont ils avaient arrêté la mort. La proscription de Cicéron donna lieu à la plus vive dispute. Antoine ne voulait se prêter à aucun accommodement, que Cicéron n'eût péri le premier. Lépidus appuyait sa demande, et César résistait à l'un et à l'autre. Ils passèrent trois jours, près de la ville de Bologne, dans des conférences secrètes, et s'abouchaient dans un endroit entouré d'une rivière qui séparait les deux camps. César fit, dit-on, les deux premier jours, la plus vive défense pour sauver Cicéron ; mais enfin il céda le troisième jour, et l'abandonna. Ils obtinrent chacun, par des sacrifices respectifs, ce qu'ils désiraient : César sacrifia Cicéron ; Lépidus, son propre frère Paulus ; et Antoine, son oncle maternel Lucius César : tant la colère et la rage, étouffant en eux tout sentiment d'humanité, prouvèrent qu'il n'est point d'animal féroce plus cruel que l'homme, quand il a le pouvoir d'assouvir sa passion !

XLVII. Pendant ce traité barbare, Cicéron était, avec son frère, à sa maison de Tusculum, où, à la première nouvelle des proscriptions,