Page:Plutarque - Vies des hommes illustres, Charpentier, 1853, Tome 1.djvu/417

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loponnèse aux îles Argineuses ; et il périt, condamné à mort par le peuple, avec les généraux ses collègues[1].

C’est alors, ce semble, que Périclès fut attaqué de la peste. La maladie ne fut pas, chez lui, comme chez les autres, violente et aiguë : c’était une sorte de langueur, qui se prolongeait avec des symptômes variés, usant lentement son corps, et affaiblissant son âme. Théophraste, dans ses Éthiques, recherchant si les événements changent le caractère des hommes, et si les passions du corps l’altèrent et l’éloignent de l’amour de la vertu, raconte qu’un ami de Périclès étant venu le visiter pendant sa maladie, celui-ci lui montra un amulette que les femmes lui avaient pendu au cou, comme une preuve qu’il était bien mal, puisqu’il se prêtait à de telles niaiseries.

Quelques instants avant sa mort, les principaux citoyens, et ceux de ses amis qui vivaient encore, étaient assis autour de son lit, s’entretenant de son mérite, et de la grande autorité qu’il avait exercée. Ils énuméraient ses belles actions, et les victoires que les Athéniens avaient remportées sous ses ordres, et dont neuf trophées consacraient le souvenir ; et ils causaient ainsi, pensant que Périclès avait entièrement perdu connaissance, et qu’il n’était plus en état de les comprendre. Mais il avait suivi toute leur conversation ; et, tout à coup, il les interrompit, disant qu’il s’étonnait de les entendre louer et rappeler des succès dont la Fortune pouvait revendiquer sa part, et qui lui étaient communs avec bien d’autres généraux, tandis qu’ils ne parlaient point de ce qu’il y avait de plus grand et de plus beau dans sa vie : « C’est, dit-il, que je n’ai fait prendre de vêtements noirs à aucun Athénien. »

Nous lui devons donc notre admiration, pour la douceur et la modération qu’il a toujours conservées, quoi-

  1. Ils furent condamnés pour n’avoir pas donné la sépulture à leurs morts. C’était dans la vingt-sixième année de la guerre.