Page:Plutarque - Vies des hommes illustres, Charpentier, 1853, Tome 1.djvu/418

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que occupé de tant d’affaires, et en butte à tant d’inimitiés ; et nous la devons surtout à cette élévation de sentiments qui lui faisait regarder comme son plus beau titre de gloire, de n’avoir jamais, lui armé d’une puissance si grande et qui avait si longtemps duré, rien accordé à la haine ni à la colère, et de ne s’être montré implacable envers aucun de ses ennemis. Et ce surnom, par lui-même si arrogant et si fastueux, ce titre d’Olympien, si quelque chose pouvait empêcher qu’il excitât l’envie, et le rendre même propre à Périclès, c’était, sans nul doute, la douceur de son caractère, la pureté de sa vie au sein de la puissance, et sa probité sans tache. Ainsi, suivant nous, les dieux, rois et souverains de tous les êtres, sont une source de biens, d’où le mal ne peut découler ; et nous ne troublons pas notre esprit, comme les poëtes, par des doctrines extravagantes. Eux, dans leurs poëmes, ils nous représentent ce qu’ils appellent le séjour des dieux, comme une demeure où règne un calme parfait et inaltérable ; inaccessible à toute agitation, et aux vents, et aux nuages ; environnée d’une sérénité, d’une lumière toujours également pures ; car tel doit être le séjour des bienheureux et des immortels. Et cependant, ces mêmes poëtes nous montrent les dieux en proie à des troubles continuels, à des haines, à des emportements, à des passions de toute espèce, indignes même d’hommes sensés. Mais cette digression paraîtra peut-être convenir mieux à un autre sujet.

Instruits par les événements qui suivirent la mort de Périclès, les Athéniens ne tardèrent pas à comprendre ce que Périclès valait, et à le regretter manifestement. Ceux qui, pendant sa vie, souffraient avec chagrin sa puissance, parce qu’elle les mettait dans l’ombre, avouèrent, aussitôt après sa mort, et après qu’ils eurent essayé des autres orateurs et démagogues, que jamais homme n’avait réuni autant de modération et de grandeur, autant de douceur et de majesté. Et cette autorité même, objet