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LA VICTOIRE

disant que les grèves de la Loire devenaient plus graves, comme il était trop facile de le prévoir. Il croit qu’il y a là toute une organisation révolutionnaire et il se considère comme obligé de rester à Paris pour s’entendre avec Clemenceau sur les mesures à prendre.

À Corbeil, je vais avec le sous-préfet et le maire visiter les hôpitaux et les maisons détruites et saluer les morts. Je ne rentre à l’Élysée qu’à une heure et demie. Clemenceau, qui était venu me voir dans la matinée, revient à trois heures. « J’ai à vous parler de trois choses, me dit-il : les grèves, les Tchèques, la marine ou Georges Leygues. La grève s’est éteinte à Paris, mais cela ne va pas dans la Loire. Il y a eu des discours en plusieurs localités au moment du départ des jeunes classes. J’ai fait envoyer de nouveau des troupes à Saint-Étienne. Elles ont été acclamées par la population et par beaucoup d’ouvriers. On a abominablement maltraité un mutilé. D’autre part, le nommé Andrieux a tenu en public des propos tout à fait défaitistes. Je le tiens maintenant. Ce sera le Conseil de guerre. Quant à la troupe, elle a eu ordre de ne pas dégainer. Il ne faut pas que ce soit nous qui tirions le premier coup. Mais aujourd’hui il a fallu l’autoriser à dégainer si cela est nécessaire. Malheureusement, il y a dans la Loire un préfet qui est un imbécile. J’ai demandé à Pams pourquoi il avait choisi un imbécile. Il m’a répondu : « Ce n’est pas moi qui l’ai choisi, ce sont les représentants de la Loire qui l’ont accepté. » Elle est bien bonne ! Sont-ce les députés qui nomment les préfets ? C’est le gouvernement, je crois ! Enfin, celui-là est mauvais. Il faut bien s’en passer. Alors, j’ai fait une petite révolution. J’ai décidé d’envoyer là-bas des hommes avec pleins pouvoirs pour donner des ordres aux administrations civiles et militaires.