Page:Poincaré - Au service de la France, neuf années de souvenirs, Tome 5, 1929.djvu/281

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être amenés par chemin de fer jusque sur le front ennemi, car il semble que les Allemands tiennent la ligne Hirson-Soissons et peut-être la ligne directe Maubeuge-Soissons. Pour couper leurs communications, une partie de notre cavalerie, sous les ordres du général Conneau, doit essayer de pousser aujourd’hui jusqu’à Soissons. Mais un télégramme de Joffre, reçu à Bordeaux vers la fin du Conseil, nous annonce que l’armée Maunoury a encore en face d’elle et sur sa gauche, c’est-à-dire précisément dans la direction de Soissons, des forces ennemies importantes.

Notre 5e armée progresse lentement vers le Petit-Morin. Le XVIIIe corps l’a franchi vers Marchais-en-Brie, mais la droite a dû se replier devant la garde. La 9e et la 4e armées sont engagées sur tout leur front dans des conditions favorables. Devant notre 3e armée, la bataille est également générale, de Nubécourt à Vassincourt et à Revigny, Nubécourt, où mon père et ma mère dorment côte à côte, dans notre petit cimetière familial, Revigny où s’est éteinte la bonne et chère grand’mère dont la mort a été ma première grande douleur. Qu’importent ces histoires personnelles dans l’immensité du malheur public ? Je ne puis cependant éloigner de moi des souvenirs qui sont restés les fidèles compagnons de ma vie. Contrairement à ce que laissait supposer le télégramme d’hier soir, Nancy ne paraît ni pris, ni menacé. Les nouvelles de Meurthe-et-Moselle et des Vosges sont satisfaisantes.

Briand offre de nouveau à ses collègues du Conseil d’aller les représenter quelques jours à Paris ; Marcel Sembat revendique le même honneur. Le gouvernement décide qu’ils feront le