Page:Pouchkine - Boris Godounov, trad Baranoff, 1927.djvu/45

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j’ouvris tous les greniers, je répandis l’or à pleines mains, je trouvai du travail pour tous. Et qu’arriva-t-il ? Je fus maudit du peuple. Le feu ayant dévasté des villes entières, je fis reconstruire toutes les maisons ; pour récompense, on m’accusa d’avoir moi-même allumé l’incendie. Tel est le jugement de cette obscure masse !

J’avais pensé trouver la joie à mon foyer en donnant ma fille en mariage. Je rêvais à son bonheur ; mais, comme une tempête, la mort cruelle ravit son fiancé. Ici encore, la sourde rumeur du peuple m’accusa de l’avoir assassiné, moi, père malheureux ! Et s’il meurt quelqu’un, je suis toujours, de tous, le meurtrier caché ! C’est moi qui hâtai la fin de Féodor, c’est moi qui empoisonnai ma pauvre sœur tsarine, cette humble religieuse ! C’est moi, c’est toujours moi !

Je ne pourrai jamais trouver la paix parmi tous les chagrins et les malheurs du monde. Rien ne me calmera ; seule la conscience pure triompherait du mal et de la calomnie, mais si elle a une tache, une tache de hasard, alors malheur à l’âme ! Comme rongée par une plaie, elle va se consumer, et la voix du remords vient battre les oreilles à coups de marteau… Je