Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/11

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Elle ne réfléchissait pas, elle songeait vaguement, suivant sans résistance, la pente molle où la conduisait sa mémoire. Une tristesse pesait sur elle.

Il lui semblait entendre toutes les heures qu’elle avait vécues là carillonner à la fois à son oreille et lui apporter chacune sa part de souvenirs fades et vides. De tout ce passé encore si proche, une senteur si insipide s’exhalait ! Elle n’y trouvait rien qui fit naître sur ses lèvres arquées, au dessin ferme, l’ombre d’un sourire, pas une seule de ces joies pleines dont le passage laisse au cœur des enfants une trace lumineuse que les années n’effacent pas.

Les retours de sa mère, le soir, après sa journée passée tout entière dehors, lui apportaient seuls quelques heures de contentement parfait, mais trop court pour neutraliser l’effet du lourd isolement de son âme. Même la présence de sa mère n’avait jamais suscité en elle un éclat de véritable gaîté.

Elle se souvenait très nettement, tandis