Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/13

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toujours le morne abri où s’était traînée son enfance, Élisabeth songeait. Elle songeait à cette zizanie installée à front découvert au foyer de sa mère, sans que celle-ci s’en aperçût ; elle songeait aussi à beaucoup d’autres choses confuses et flottantes, qui toutes avaient laissé, de leur insaisissable passage, de la tristesse autour d’elle.

Elle était si absorbée dans sa rêverie qu’elle tressaillit en sentant tout à coup une main se poser, légère, sur son épaule.

Elle se retourna vivement, montrant à sa mère un visage pâle et souffreteux, et très vite, devançant une interrogation qu’elle sentait venir, elle dit :

— Je regardais encore une fois le jardin !

Mme Georges promena des yeux étonnés sur le misérable enclos, où les dahlias flétris achevaient de s’effeuiller, et qui semblait plus désolé que d’ordinaire sous le lourd ciel gris, et elle dit :

— Est-ce que tu regretterais quelque chose ici, Élisabeth ?