Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/21

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ces vieux meubles sortis de la grosse voiture venue du fond d’une province, tous ces souvenirs jetés inopinément dans leur vie, avaient pour sa mère une douloureuse signification. Ils agitaient mille réminiscences, peut-être pénibles. Ils rendaient à un passé, à elle inconnu, une physionomie familière, ils parlaient de beaucoup de choses qui avaient vécu et qui étaient mortes loin d’elle, Élisabeth. Elle pensa à cette grand’mère qu’elle n’avait jamais connue, et elle murmura un peu contrainte :

— Puisque tu l’aimais tant, pourquoi ne m’en parlais-tu jamais ?

— Ah ! balbutia Mme Georges sourdement, en serrant contre elle le buste maigre et sec, si je ne t’avais pas, Élisabeth !

Et pour la première fois depuis que la lettre au bord noir lui était parvenue, formelle, comme si elle s’adressait à une simple étrangère, elle pleura.

Élisabeth resta silencieuse. Ce chagrin, qui lui était étranger, ne lui suggérait aucune