Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/22

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parole consolante. Elle n’avait connu ni l’un ni l’autre de ses grands-parents, et la disparition de sa grand’mère, dernière survivante du vieux couple, ne la touchait pas. Elle rêva un moment, regardant dans la grande glace fixée au trumeau se refléter à côté de son propre visage pâle, la figure fraîche de sa mère. Rien entre les deux images n’accusait une parenté de types quelconque, ni les traits, ni le teint, ni l’ovale du menton, ni les cheveux. Dans cette grande glace limpide, le disparate absolu la frappait pour la première fois d’une façon saisissante. Elle appuya sa joue pâlotte à l’épaule de Mme Georges et lui souffla à l’oreille :

— C’est vrai que tu es bien jolie, tu es très belle. À côté de moi, regarde, regarde.

Mme Georges détourna vivement la tête. Avec un sourire tendu et un léger tremblement dans la voix, elle dit :

— Ne me dis pas de ces choses-là, toi !

Et, quittant Élisabeth, elle alla s’asseoir sur le canapé de moquette que le gros wagon avait, ce matin-là, apporté dans ses flancs