Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/29

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fille allait percer sans peine le voile des jours morts et découvrir, là-bas, la noire désolation de l’aïeule, morte isolée dans sa petite ville de province. Elle s’attendait à une pluie de questions directes et difficiles à éluder. Mais Élisabeth ne manifesta aucune surprise et n’eut pas même une exclamation.

Elle rejoignit sa mère près de la fenêtre, et elle rêva un moment en face de la nouveauté des lieux.

Un jardin étranglé entre deux rangées de maisons ouvrait devant elle un espace vide, un couloir où l’air circulait librement, et par cette échancrure elle voyait au-dessus de sa tête une échappée de ciel gris. Les arbres de ce jardin, aux feuillages variés, déjà roussis par l’automne, avaient, sur ce fond grisaille, des tons pourpres et jaunes éclatants. Un tapis de feuilles morles couvrait les allées et, sous le vent qui commençait à souffler, celles qui tenaient encore aux branches se détachaient par essaims. Au-dessus du mur un seringa, encore garni de tout son feuillage