Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/57

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’argent contre du travail. Dès la première semaine, il sentit l’engrenage ingénieux lui blesser le pied, et il devina, au joug étroit dont on paralysait ses mouvements, la sollicitude malveillante de son oncle. Le désir de retrouver sa liberté, une fermentation de révolte que développait chaque nouveau jour d’esclavage travailla sourdement son esprit.

Il regardait avec une pitié méprisante, autour de lui, les autres employés qui, les yeux rivés au bec de leur plume, noircissaient du papier du matin jusqu’au soir sans avoir l’air de se lasser. Ces êtres poussiéreux, sans aucune initiative vers un sort meilleur, lui inspiraient le plus profond dédain. Ils étaient bien de la même race que son oncle Musseau. Avec ces gens-là, il ne pouvait avoir, lui, aucune relation quelconque ; il le leur ferait bien sentir un jour.

Et très souvent, à travers les vitres sales du bureau où se traînaient lourdement ses journées, le menton appuyé sur sa main, il regardait passer sur le ciel les libres nuages