Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


descendait jusqu’à elle et infiltrait dans ses veines une fiévreuse énergie.

Avait-elle le droit de garantir plus longtemps son cœur d’un choc, d’ailleurs nécessaire, inévitable, dont demain le menacerait toujours ? Elle se disait :

— Si je ne parle pas, sans que je sache pourquoi, son cœur est perdu pour moi ! Si je parle !…

Il sonnait dix heures lorsque Élisabeth rentra. Elle vint se mettre à côté de sa mère, en face de la nuit pleine d’étoiles. Il était impossible de saisir l’expression de ce visage si cruellement variable, mais le retour volontaire de la jeune fille constituait une sorte d’avance, une muette reconnaissance de torts. Elle restait silencieuse, comme si elle attendait de sa mère un mot, un signe pour l’aider ainsi qu’à l’ordinaire à franchir le premier pas difficile.

La mère réfléchit quelques secondes, puis elle se décida :

— Autrefois, quand je revenais le soir,