Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/9

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de touffes d’oseille, et, le long d’alignements de choux mal venus, creux, presque sans feuilles, par-ci par-là, l’œil bleu de la bourrache sauvage regardait le ciel.

C’était sur ce coin de jardin emprisonné de bâtisses, en face de ce lopin de terre morcelé où des chats erraient, le ventre vide, qu’Élisabeth avait grandi.

Pendant les longues absences de sa mère, elle avait passé, sur ce carré de sol aride, d’interminables heures à regarder butiner les abeilles sur les dahlias, ou s’ébattre les grosses mouches bourdonnantes autour des balayures, ou bien, lorsque la pluie tombait à torrents, à voir l’eau se frayer, sur l’argile durci du chemin, mille petites rigoles capricieuses qui allaient se verser les unes dans les autres.

Le temps s’écoulait, ainsi lentement, sans créer dans l’esprit de la petite fille aucune étape bien définie où elle pût retrouver des souvenirs distincts de l’ensemble monotone de ses journées.

Chaque fenêtre des hautes maisons entou-