Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/96

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de la vie bruyante du dehors, l’obsession poignante qui ne l’avait pas quittée une seconde pendant cette interminable journée s’allégerait-elle ?

Peut-être son cœur inerte lui dicterait-il enfin les paroles qu’elle n’avait pas pu, jusquelà, lui arracher.

Elles marchèrent une demi-heure devant elles sans parler, et peu à peu quelque chose d’obscur se révolta dans l’âme d’Élisabeth, grandit, devint intolérable.

Elle dit enfin, les dents serrées :

— Comme on te regarde ! Rentrons.

Elles rebroussèrent chemin, toujours en silence, et en attendant que Gertrude répondît à leur coup de sonnette, les yeux d’Élisabeth tombèrent sur la plaque de cuivre jaune, étincelante. Elle y lut les trois mots gravés en noir tout au long : « Madame Veuve Georges. »

Son cœur se serra. Ces quelques syllabes représentaient un vol d’honorabilité fait sciemment depuis sa naissance ! c’était une hypocrisie, une injuste appropriation d’un