Page:Pradez - Les Ignorés.djvu/199

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UNE COURSE NOCTURNE




— Quel chien de métier, pensait le docteur sexagénaire en remettant l’épais manteau d’hiver qu’en pénétrant dans la chambre suffocante où se cuisait son malade, il avait été obligé d’enlever tout de suite. Se voir forcé à faire une lieue de chemin, la nuit, dans un brouillard à couper au couteau à travers une forêt où l’on ne voit goutte pour trouver… quoi ? Un homme qui a du rhumatisme à l’épaule.

Encore si on lui faisait quelque excuse, lorsqu’on le dérangeait ainsi sans nécessité, le docteur aurait pris son parti des incessantes corvées attachées à sa carrière ! Des excuses, allons donc ! N’était-ce pas son métier, aux yeux de ces paysans, de se déranger à toutes les heures du jour et de la nuit sans avoir droit à autre chose qu’au prix de sa visite, salaire minime, dérisoire, qu’il aurait eu honte de trahir à ses confrères de la ville et qui pourtant, malgré son excessive