Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/134

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Le scepticisme n’est point l’état naturel de l’homme. Êtres intelligents, quoique notre raison ait des bornes, et que nous ne puissions tout savoir, nous arrivons cependant, par le bon usage de nos facultés naturelles, à connaître avec une entière certitude plusieurs vérités. Une preuve évidente que notre intelligence et notre raison sont faites pour la vérité, c’est cette jouissance que nous éprouvons lorsqu’elle nous apparaît clairement démontrée dans un discours ou dans un livre. La vérité est le bien de notre intelligence. Aussi nous l’aimons pour elle-même ; c’est vers elle que nous gravitons par un penchant irrésistible. Si notre raison ne pouvait rien savoir, comme on l’a dit, si elle ne pouvait rien démontrer avec une clarté satisfaisante, avec une certitude raisonnable, si elle n’était qu’un instrument d’erreur et de doute, la sagesse du créateur visible dans tous les êtres qui nous environnent, et qui tous, ont été pourvus des moyens de parvenir à leur fin, serait en défaut par rapport à l’homme chef-d’œuvre de la création.

Mais notre raison a des bornes. La vue de notre esprit, comme la vue de notre œil, ne s’étend pas, par sa propre force, au-delà d’un certain rayon. Il y a cependant des vérités qui sont à notre portée, que nous ne pouvons nier sans folie et souvent sans crime, parce que l’attachement à ces vérités est nécessaire pour le règlement de notre conduite dans le monde où nous vivons, et dans la société dont nous faisons partie. Ces vérités qu’on peut assimiler aux démonstrations mathématiques les plus positives, les plus incontestables, ont pourtant été attaquées par des hommes qui ont voulu nier toute espèce de certitude, s’efforçant, suivant l’expression pittoresque d’un écrivain original « d’être pires qu’ils ne pouvaient. »

Ces aberrations n’infirment pas la certitude que nous pouvons avoir de l’existence de certaines vérités philosophiques auxquelles nous arrivons soit directement, soit indirectement, et par la déduction des premiers principes. C’est là le rôle de la raison. Il est