Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/36

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liorer. On demanda, au sol des produits nouveaux, meilleurs et plus abondants. Les résultats ne manquèrent pas, parce que les efforts furent soutenus, et que la bienveillance du gouvernement ne manqua pas un instant, à ce qu’un grand ministre appelait une des mamelles de la France. Les progrès les plus rapides et les plus importants furent accomplis sous Henri IV. Un homme savant et modeste, un écrivain plein de charme, Olivier de Serres, les constata dans un livre plein de raison et de génie.

Le succès d’Olivier de Serres fut complet. Son livre répondait trop aux préoccupations de tous, il secondait trop efficacement les tendances générales, pour n’être pas accueilli avec faveur. Trente éditions furent rapidement épuisées. La faveur de Henri IV qui avait appelé à Paris l’auteur du Théâtre d’agriculture et ménage des champs, assurait des témoignages d’estime à sa personne et des lecteurs à son livre. M. Combes cite les jugements des hommes les plus compétents. Il met en relief la valeur de ces observations pratiques qui, malgré les progrès accomplis particulièrement de nos jours, n’ont rien perdu de leur justesse. Pourquoi ce grand bréviaire de l’art agronomique tomba-t-il tout-à-coup dans l’oubli, et resta-t-il à peu près inconnu pendant cent cinquante ans ? On a invoqué des raisons nombreuses à l’appui de ce fait. Elles ont sans doute une valeur ; mais elle est secondaire. Une seule semble suffire. C’est la nature anti-rurale du siècle de Louis XIV. La passion des grandes choses éblouissait les esprits les plus sûrs, et entraînait les natures les plus calmes. On ne dédaignait pas certainement ce qui était utile. Les mesures prises, les ordonnances publiées en faveur de l’industrie et du commerce sont nombreuses, et leur influence se fait sentir à travers de grandes distances. Mais on oubliait l’agriculture. Un homme seul, un religieux, un versificateur de talent, rendit à Olivier de Serres, sans le nommer, à l’agriculture, en l’exaltant, l’hommage dû à tout ce qui est grand et utile. Cet homme fut le Jésuite Jacques Vanière.