Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/50

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seul titre pour aspirer à l’Académie Française. Il y entra. Mais il ne faut pas oublier que l’hôtel de Rambouillet, s’il n’était pas alors dans sa plus grande splendeur, exerçait encore un ascendant auquel les Précieuses ridicules de Molière (1659) avaient porté le premier coup, et qui ne devait succomber définitivement qu’après les Femmes savantes (1672).

Le Voyage en Normandie, de Regnard, est écrit avec gaîté, et quelquefois avec esprit. Dans l’ensemble, il est pourtant médiocre. Le Voyage en Mauritanie, d’Hamilton, écrivain aussi célèbre par sa fidélité pour son roi, que par son esprit et ses ouvrages, est digne de la réputation de cet ingénieux et caustique conteur.

Voltaire qu’on trouve partout en littérature, et qui a si bien prouvé, par ses propres exemples, la vérité de ce vers :

Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux,

a écrit le voyage au Temple du goût. C’est un chef-d’œuvre, d’un ton et d’un caractère inconnus jusqu’à ce moment.

On sait le bruit qu’il provoqua. Voltaire jugeait notre passé littéraire sans haine ni faveur. Il était juste toutes les fois que ses jugements ne se rattachaient en rien à la position qu’il avait prise, et au but qu’il poursuivait. Mais lorsque ses opinions sur la religion et la philosophie étaient attaquées, lorsque la domination qu’il prétendait, dès cette époque, exercer sur tous les esprits, était contestée ou méconnue, il devenait intraitable. Il supportait impatiemment les oppositions et les critiques. L’œuvre et l’homme étaient infailliblement confondus dans une même haine.

Le Temple du goût porte malheureusement la trace de ces injustices, et des éloges non mérités qui en sont comme la compensation obligée. Les contemporains ne sont pas toujours appréciés avec cette égalité d’âme dont un philosophe ne devrait jamais se départir, et cette sûreté de jugement qu’un esprit aussi délicat