Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/71

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Cet opuscule a été réimprimé par M. de Labouïsse-Rochefort, dans l’édition qu’il a publiée au bénéfice de la mère du malheureux poète, victime de la révolution. Le Voyage à Sorèze, par Lalanne, ne manque pas d’intérêt. Les promenades, les observations, les réflexions abondent dans les premières années du du xixe siècle. Il est difficile de faire un choix parmi des productions dont plusieurs se recommandent par un certain mérite de forme, mais qui n’ont rien, en général de ces qualités à la fois brillantes et solides, par lesquelles vivent les œuvres d’imagination et de goût. Un auteur dont la réputation très-grande un moment, est réduite aujourd’hui à sa juste valeur, Pigault-Lebrun a publié en 1827, un Voyage dans le Midi de la France.

Les romans ne suffisaient plus à l’activité de cet esprit infatigable. Ce n’était pas assez d’avoir épuisé les combinaisons les plus étranges, les conceptions les plus bizarres, les tableaux les plus obscènes, d’avoir imaginé les caractères les plus extraordinaires pour les jeter dans les aventures d’une réalité grotesque et d’une trivialité repoussante : après avoir vécu dans le domaine de la plus libre fantaisie, il voulut aborder l’histoire, et doter la France d’un monument élevé par le patriotisme. On comprend ce que peut être l’histoire écrite par Pigault-Lebrun. L’opinion publique qui n’est pas toujours aussi bien inspirée, fit promptement justice de l’Histoire de France à l’usage des gens du monde. Elle avait paru pourtant à un moment où toutes les passions religieuses et politiques étaient surexcitées. C’est qu’il ne suffit pas de donner un aliment aux haines, de flatter les préjugés, il faut encore, surtout quand on est arrivé à une certaine célébrité, ne pas s’exposer au ridicule. Le ridicule tue d’autant plus sûrement en France, qu’il atteint ceux qui s’en sont fait un arme contre leurs adversaires. C’est ce qui arriva.

Le voyage de Pigault-Lebrun vaut mieux que ce qu’il eut le courage d’appeler une histoire. Il se recommande par des traits vifs, par de la finesse dans les aperçus, et une verve intarissable