Page:Projet de Constitution de Condorcet PDF 1 -1DM.pdf/5

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preſque néceſſairement, que l’accroiſſement de ſa prérogative occupe plus que ſes devoirs. Sans un de ces miracles ſur leſquels on ne doit pas compter, tout homme revêtu d’une autorité héréditaire ou durable, eſt condamné à flotter entre la molleſſe & l’ambition, entre l’indiſſérence & la perfidie. Enfin, quand l’exemple des monarchies a prouvé qu’elles étoient conſtamment gouvernées par un conſeil, il ſeroit difficile de trouver quelque utilité dans l’inſtitution d’un monarque.

Ainſi la royauté a dû être abolie.

Depuis une entière unité comme elle exiſte en Angleterre, où cette unité n’eſt interrompue que par les diviſions de territoire néceſſaires à l’exercice régulier des pouvoirs, juſqu’à la Confédération Helvétique, où des Républiques indépendantes ne ſont unies que par des traités, uniquement deſtinés à leur aſſurer l’avantage d’une défenſe mutuelle, on peut imaginer une foule de conſtitutions diverſes, qui, placées entre ces deux extrêmes, ſe rapprocheroient davantage ou de l’unité abſolue ou d’une ſimple fédération.

La diſpoſtion du territoire français, dont les parties rapprochées entr’elles, ne ſont ſéparées par aucun obſtacle naturel[1] ; les rapports multipliés établis dès long-temps entre les habitans de ces diverſes parties ; les obligations communes qu’ils ont contractées ; la longue habitude d’être régis par un pouvoir unique ; cette diſtribution des propriétés de chaque province entre des hommes qui les habitent toutes ; cette réunion dans chacune d’hommes nés dans toutes les autres : tout ſemble deſtiner la France à l’unité la plus entière.

La néceſſité de pouvoir employer avec activité les forces du tout à la défenſe de chaque frontière ; la difficulté d’y faire concourir avec un zèle égal les portions fédérées qui, enfoncées dans l’intérieur, n’auroient point d’ennemis à craindre, ou celles qui n’auroient que des côtes à défendre ; le danger de détruire un lien qui exiſte pour en créer un plus foible, lorſqne l’Europe entière emploieroit toutes ſes forces, toutes ſes intrigues pour chercher à le briſer ; le beſoin de la réunion la plus intime pour un peuple qui profeſſe les principes les plus purs de la raiſon & de la juſtice, mais qui les profeſſe ſeul, font de nouvelles

  1. En ſuppoſant à une ſurface égale à celle de la France une figure circulaire, celle de toutes où la diſtance la plus grande entre deux points du contour eſt la plus petite poſſible, cette diſtance ſeroit encore de plus de cent quatre-vingt lieues, & en France elle n’eſt guère que d’environ deux cens quarante lieues.