Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/101

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qui doit aboutir, selon les uns, à la science universelle ; selon les autres, à la spécialité philosophique, et qui se résout, ainsi que nous l’avons fait voir, dans la recherche d’une méthode.

Enfant de la religion, héritier de la philosophie, c’est cette méthode que j’essaye de décrire.

156. Dégager des sciences existantes ce qu’elles renferment de commun, c’est par là même découvrir ce qui fait leur certitude à toutes, leur caractère d’absolu ; c’est mettre en évidence la loi de la nature, la logique de Dieu même.

Or, comme il est probable que ni Dieu ni la nature ne se contredisent, on peut présumer qu’il n’est, pour les sciences à créer, d’autre procédé général que celui des sciences déjà constituées : par exemple, que les choses de la politique et de la morale sont soumises aux mêmes lois de création et de développement, par conséquent à la même méthode de démonstration que la physique et la zoologie.

Cette présomption serait une vérité si, de la comparaison de quelques-unes des sciences, il résultait que la nature, infiniment variée dans ses moyens, ses applications et ses nuances, n’a réellement qu’une loi, une méthode, et ne peut en avoir qu’une. Dès lors, il suffirait, pour constituer une science, de rechercher quel en est l’objet spécial ; puis, comme conséquence de cette découverte, quel est le mode particulier d’application de la loi générale qu’il suppose.

Telle est donc notre première question :

Quel est le fait commun et fondamental des sciences constituées, soit par rapport à leur objet, soit, ce qui revient au même, par rapport à leur méthode ?

Que le lecteur veuille bien me suivre dans les détails où je suis obligé d’entrer : j’ai besoin, pour me faire entendre, de ces longues énumérations.

157. L’une des sciences les plus anciennement constituées, au moins dans ses principes, est l’arithmétique.

Si je conçois la quantité sous l’image d’une ligne (je pourrais dire aussi bien d’une surface, d’une sphère, cela ne changerait rien à l’hypothèse) prolongée à l’infini, cette ligne, symbole de l’infini, m’est aussi obscure, aussi inappréciable que l’infini qu’elle représente.

Mais, si je conçois, à la place de cette ligne continue, une suite de points également prolongée à l’infini : j’aurai une idée nouvelle, l’idée de nombre ; car qui dit nombre, dit nécessairement pluralité, division. Le nombre est donc la quantité divisée ou différenciée à l’infini. Mais le nombre, d’après cette notion géné-