Page:Proudhon - La Guerre et la Paix, Tome 2, 1869.djvu/115

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vesceris pane tuo. C’est ce qu’il appelle produire, créer de la richesse, les choses qu’il consomme n’ayant pour lui de valeur que par l’utilité qu’il y trouve et le travail qu’elles lui coûtent. En sorte que, dans cette évolution des conditions du bien-être, abondance et richesse apparaissent ici comme termes opposés, l’abondance pouvant très-bien exister sans la richesse, la richesse sans l’abondance, toutes deux par conséquent exprimant juste le contraire de ce qu’elles semblent dire.

En résultat, l’homme, à l’état de civilisation, obtient par le travail ce que réclame l’entretien de son corps et la culture de son âme, ni plus ni moins. Cette limite réciproque, rigoureuse, de notre production et de notre consommation, est ce que j’appelle pauvreté, la troisième de nos lois organiques, données par la nature, et qu’il ne faut pas confondre avec le paupérisme, dont nous parlerons ci-après.

Ici, je ne dois pas le dissimuler, s’élève contre moi le préjugé universel.

La nature, dit-on, est inépuisable ; le travail, toujours plus industrieux. Nous sommes loin de faire rendre à la terre, notre vieille nourrice, tout ce qu’elle peut donner. Un jour viendra où l’abondance ne perdant jamais de son prix pourra se dire richesse, où la richesse par conséquent abondera. Alors nous regorgerons de toute espèce de biens, et nous vivrons dans la paix et la joie. Votre loi de pauvreté est donc fausse.

L’homme aime à s’abuser avec des mots. Le plus difficile de sa philosophie sera toujours qu’il entende sa propre langue. La nature est inépuisable en ce sens que nous y découvrons sans cesse des utilités nouvelles, mais sous la condition d’un accroissement incessant de travail : ce qui ne sort pas de la règle. Les nations les plus industrieuses, les plus riches, sont celles qui travaillent le plus. Ce sont en